Voeux

Toute l'équipe de la librairie vous souhaite une belle année 2010 !
Une année riche en rencontres et découvertes,
une année de belles lectures ! bien sûr !
Glanés au fil de nos lectures, ces propos d'Albert Camus sur l'art, et l'écriture...
que nous avions envie de partager avec vous !
Et à très bientôt pour nos prochains rendez-vous... la programmation est en cours !

"Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas s'isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent, apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s'ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel."
in "Discours de Suède". Gallimard. Folio. 1997.

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Fin de la Direction du Livre et de la Lecture

Quelques réactions :

Le Tiers Livre : le blog de François Bon

Le Post.fr

Rue89.com

Blog de Francis Mizio

Lalie Walker

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Prix Mémorable 2009

Pour sa deuxième édition, le Prix Mémorable récompense :

 

Fuck America - Edgar Hilsenrath - Attila 2009.jpg

Fuck America

de

Edgar Hilsenrath

(Editions Attila)

Le Prix Mémorable salue la réédition d’un auteur malheureusement oublié, d’un auteur étranger décédé encore jamais traduit en français, ou d’un inédit ou d’une traduction révisée, complète d’un auteur.

 

Les titres de la sélection 2009 : Au-delà du mal de Shane Stevens ; Fuck America de Edgar Hilsenrath ; L'Italie à la paresseuse de Henri Calet

prix memorable.jpg

 

 

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Prix littéraires 2009


29 octobre Académie française : Prix de l'Académie française 2009

Pierre Michon – Les Onze – Editions Verdier


30 octobre Grand Prix de l'Imaginaire : Grand Prix de l'Imaginaire 2009

Stéphane Beauverger – Le Déchronologue – Editions La Volte


2 novembre Goncourt : Prix Goncourt 2009

Marie Ndiaye – Trois Femmes Puissantes – Editions Gallimard


2 novembre Renaudot : Prix Renaudot 2009

Frédéric Beigbeder – Un Roman Français – Editions Grasset


2 novembre Renaudot : Prix Renaudot Essai 2009

Daniel Cordier – Alias Caracalla – Editions Gallimard


3 novembre Décembre : Prix Décembre 2009

Jean-Philippe Toussaint - La Vérité sur Marie - Editions de Minuit


4 novembre Médicis : Le Prix Médicis 2009

Dany Laferrière - L'énigme du retour - Grasset


4 novembre Médicis : Le Médicis étranger 2009

Dave Eggers - Le grand Quoi - Gallimard


4 novembre Médicis : Le Médicis essai 2009

Alain Ferry - Mémoires d'un fou d'Emma -  Seuil


5 novembre Flore : Prix de Flore 2009

Simon Liberati - L'Hyper-Justine - Flammarion


9 novembre Femina : Le Femina 2009

Gwenaëlle Aubry - Personne - Mercure de France


9 novembre Femina : Le Femina du roman étranger 2009

Matthias Zschokke - Maurice à la Poule - Editions Zoé


9 novembre Femina : Le Femina Essai 2009

Michelle Perrot - Histoire de Chambres - Seuil


9 novembre Goncourt des Lycéens : Prix Goncourt des Lycéens 2009

Jean-Michel Guenassia - Le Club des Incorrigibles Optimistes - Albin Michel


12 novembre Renaudot des Lycéens : Prix Renaudot des Lycéens 2009

Veronique Ovaldé - Ce que je sais de Vera Candida - Editions de l'Olivier


17 novembre Mémorable : Le Prix Mémorable 2009

Edgar Hilsenrath - Fuck America - Editions Attila

 

18 novembre Interallié : Prix Interallié 2009

Yannick Haenel - Jan Karski - Editions Gallimard


19 novembre France Télévisions : Prix France Télévisions 2009

Veronique Ovaldé - Ce que je sais de Vera Candida - Editions de l'Olivier


10 décembre SNCF du Polar : Le Prix SNCF du Polar / Polar Européen / Sélection de l'automne 2009

10 décembre SNCF du Polar : Le Prix SNCF du Polar / Polar Français / Sélection de l'automne 2009

 

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Décès de Gérard Bobillier

Et oui, c'était l'ami Bob... et cette rage d'employer l'imparfait...
Gérard Bobillier, fondateur des éditions Verdier, nous a quitté...

Une profonde tristesse, et oui, cette rage devant l'ami et le grand éditeur qui s'en va...
Au printemps nous faisions une vitrine pour les 30 ans des éditions, parce que c'est toujours la fête quand un vrai éditeur est là, et nous accompagne, bravant les tempêtes du monde des livres, et continuant à faire un travail d'excellence...

Ces livres jaunes (entre autres couleurs !) et tant de découvertes...
Pierre Michon, François Bon, Pierre Bergougnioux, Michèle Desbordes, Emmanuel Darley, Pierre Silvain, mais aussi Stuparich, Rigoni Stern, Chalamov, Golovanov...
Il y a la littérature bien sûr, mais aussi toutes les publications dans le vaste domaine de la pensée.
Et sa voix qui résonne, et sa silhouette dans les travées du salon de Paris ou d'ailleurs...
Je vous laisse avec le texte de l'équipe, et quelle équipe !

Qu'elle soit ici saluée, avec force amitié, pour continuer le chemin...
L'équipe bien sûr, mais aussi tous les amis...

Enfin, impossible de ne pas vous faire lire le texte de François Bon...

 

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J.G. Ballard

L'écrivain J.G. « Crash » Ballard est mort

Son dernier roman inédit en France (« Que notre règne arrive ») est paru quelques semaines avant le lancement de Rue89 en 2007, et déjà, aller le voir dans le Surrey était impossible. Il souffrait depuis plusieurs années d'un cancer de la prostate. Et puis voilà : James Graham Ballard est décédé ce dimanche 19 avril au matin.

Anticipation sociale

« Que notre règne arrive » (Denoël, avril 2007) est la quintessence de ce à quoi Ballard était parvenu : une anticipation sociale qui arrivait à l'heure. Un roman des plus agressifs et des plus agréables à lire. On y était plongé dans un centre commercial de banlieue londonienne en feu. Où un personnage principal qui domestique les habitants par le consumérisme s'aperçoit que son propre père éteignait les feux et voulait plus d'Etat.

Ballard y présentait une Angleterre où la monarchie « a fait naufrage sur sa propre vanité », où la « politique est un racket, et la démocratie est devenue un simple service public, comme le gaz ou l’électricité », où « Le consumérisme n'a plus beaucoup le choix, il essaie de muter. Il a tâté du fascisme, mais ce n'est pas assez primitif. Il ne lui reste que la folie pure et simple… ». Les romans de Ballard sont un peu comme la rencontre d'un univers narratif à la David Lynch (le réel se mêle à ses propres fantasmes et interprétations, créant un véritable univers mental : lire « Crash ») et d'une littérature réaliste très dénonciatrice : face sombre des citadins des grandes mégalopoles, personnages en apparence normaux, cadres supérieurs, gens policés, show-business, corruptions diverses qui s'avèrent obsédés par la violence et les perversions sexuelles.

Une lecture globale de son œuvre montre qu'il a approché le roman réaliste, le roman d'anticipation sociale, et le roman légèrement historique. C'est en effet son livre semi-autobiographique « L'Empire du Soleil » (1985), qui a été

adapté au cinéma par Steven Spielberg, qui est, avec « Crash », considéré comme son roman le plus connu.

Une vie

Ballard a passé les seize premières années de sa vie à Shanghaï, où il est né en 1930. Son père était PDG de la filiale d'une entreprise de textile anglaise. Suite au conflit sino-japonais et à l'invasion de la Chine par le Japon, il est emprisonné, avec sa famille, dans un camps de civils (1942). Il y restera jusqu'à la fin de la guerre, avant d'arriver en Angleterre en 1946. Son expérience durant la guerre, c'est ce qu'il racontera dans « L'Empire du Soleil ».

Etudes, découvertes de la psychanalyse, du surréalisme, démarcheur en encyclopédies, publicitaire. Il s'engage volontairement dans l'armée, et part s'entraîner au Canada. Il sera un temps pilote pour la Royal Air Force. C'est là qu'il écrira son premier texte, de genre science-fiction. Une nouvelle intitulée « Passeport pour l'éternité. » Revenu en Angleterre, il se marie en 1955 et devient père. Il vit en banlieue londonienne. Et est rédacteur en chef d'une revue scientifique, Chemistry and Industry. Il continue les nouvelles, et écrit plusieurs livres, toujours autour d'une catastrophe naturelle qui ravage le monde.

C'est lors du décès de son épouse en 1964 qu'il décide de devenir « écrivain professionnel ».

Une œuvre novatrice

C'est parce qu'il mélange réalisme, science, politique, mais aussi techniques narratives issues des littératures de genre (roman noir moderne, behaviorisme, techniques expérimentales de William Burroughs) que Ballard est novateur.

Durant les années 70, il écrit « La foire aux atrocités » (éditées en France par Tristram), et surtout sa « Trilogie de béton » (rééditée par Denoël il y a quelques années) avec « Crash », « L'île de béton » et « I.G.H »., trois romans cependant autonomes. Cette trilogie est le tournant : il quitte la SF classique.

A tout jamais, jusqu'à « Super-Cannes » (2001) ou « Millenium people » (2005), Ballard fera une sorte de « sociétale-fiction » parfois légèrement futuriste, parfois présente.

« Crash » (1973) est son premier roman célèbre. Un narrateur (qui se nomme Ballard…) se laisse entraîner dans une descente aux enfers par un passionné de… psychosexualité des accidents de voitures. Vitesse, sexualité étrange, dépendance, modernité. Le film sera adapté en 1996 par le Canadien David Cronenberg.

Parmi ses dernières parutions, « Super Cannes » se déroule dans le cadre idyllique de la Côte d'Azur ; mais les brillants cadres de multinationales que l'on y trouve s'y révèlent des sadiques qui organisent des descentes racistes.

« Millenium People », roman sidérant, repose sur la révolte des classes bourgeoises et de la classe moyenne à Londres. Tous les prétextes sont bons : parcmètres imposés, hausse continue de l'immobilier … et surtout le vide intersidéral de leurs vies. Un gourou énigmatique est à la tête du mouvement. Il prêche le non-sens total, organise des attentats à la fois symboliques et ridicules (mettre des fumigènes dans une vidéothèque pour dénoncer la vacuité de la culture). Un psychologue dont l'ex-femme a été tuée par une bombe décide de s'enrôler chez les émeutiers pour y mener son enquête. Et Ballard s'y attaque aux symboles de notre culture du loisir et de l'ennui : les médiathèques, les supermarchés, les boutiques de mode, les institutions de fonctionnaires.

Ballard considérait ses livres comme un « moyen de photographier la psychologie du futur ». Du cinéma (Cronenberg) à la musique (Joy Division) en passant bien entendu par le roman moderne (le britannique Mickaël Moorcock), de nombreux artistes ont avoué leur influence ballardienne.

Robert Artus (Rue89.com le 19 avril 2009)

15:49 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

Donald Westlake

Donald Westlake, auteur américain de romans noirs

Il était l'un des plus prolifiques parmi les auteurs américains de romans noirs et l'un des plus singuliers par sa verve humoristique mais aussi par la variété des tons qu'il a adoptés au cours de ses cinquante années de carrière. Donald Westlake, qui est décédé d'une crise cardiaque le 31 décembre 2008 alors qu'il se rendait en compagnie de sa femme à un dîner de réveillon au Mexique, où il passait ses vacances, a publié une centaine d'ouvrages sous son propre nom mais aussi sous une dizaine de pseudonymes, dont ceux d'Alan Marshall, Tucker Coe ou Richard Stark.

Né le 12 juillet 1933 à Brooklyn, Donald Edwin Westlake fait le choix immédiatement après ses études universitaires et son service dans l'armée de l'air d'une carrière d'écrivain. En 1958, il trouve un emploi de lecteur chez un agent littéraire qui devait laisser quelques loisirs à ses employés car c'est là également qu'Ed McBain fit ses débuts. "Hunter avait fréquenté - avec quelques années d'avance, écrit Westlake dans la préface d'un recueil de ses premières nouvelles, Levine (Rivages "Noir") les mêmes sentiers que moi, il avait travaillé pour la même agence littéraire, il avait publié des nouvelles dans les mêmes magazines ou dans des revues analogues. Ses premiers romans consacrés au 87e commissariat - écrits sous le pseudonyme d'Ed McBain - avaient été édités à l'époque où je commençais à chercher sérieusement un moyen de devenir écrivain à plein temps. Bien entendu, je les avais lus. Ces romans étaient quelque chose de rare, de quasi impossible, quelque chose de neuf sous le soleil ; naturellement ils m'avaient impressionné et influencé." En 1960, Donald Westlake publie son premier roman The mercenaries ("Le Zèbre"). Suivent plusieurs titres dans la grande tradition du "dur à cuire" inspiré de Dashiell Hammett et de Raymond Chandler, Killing Time ("Bon app' !"), 361 ("L'Assassin de papa") qui décrivent selon l'auteur "un monde d'émotions inexprimées et d'apparences âpres." En 1963, Westlake publie sous le pseudonyme de Richard Stark The Hunter"A la même époque, confie Westlake, la partie de mon oeuvre que j'écrivais sous mon véritable nom avait pris une tournure complètement inattendue (pour moi). La comédie était entrée dans ma vie." ("Comme une fleur"), premier volume d'une longue série mettant en scène le personnage de Parker, qui emploie ses talents d'acteur au service de son activité de privé.

En 1970, il crée le personnage de Dortmunder dans The Hot Rock ("Pierre qui brûle"), une sorte de cambrioleur raté dont toutes les entreprises tournent au désastre. Ainsi dans Histoire d'os, Dortmunder est chargé de retrouver le fémur d'une sainte martyre du XIIIe siècle que se disputent deux pays rivaux, la Tsergovie et le Voskojek. Celui des deux qui détiendra la précieuse relique sera autorisé à siéger à l'ONU. Inutile de préciser que l'intervention du raté de la cambriole ne va contribuer en rien à démêler cet imbroglio. La veine humoristique n'est pas très représentée dans le roman policier en général, du moins pas de la manière dont la pratique Westlake : il évite le simple pastiche et son principal souci est toujours de raconter efficacement une bonne histoire sans se prendre trop au sérieux. La plupart de ses romans, même quand ils donnent une vision très noire d'une société où le profit prime sur le facteur humain, ne sont pas dénués d'une touche d'humour cruel.

Le Couperet, un de ses romans les plus fameux, évoque l'histoire d'un cadre supérieur licencié au bout de vingt-cinq ans pour cause de restructuration et qui ne parvient pas à retrouver du travail. Au bout de deux ans, excédé et révolté par l'injustice dont il s'estime victime, il décide d'appliquer pour son propre compte le principe au nom duquel il a été licencié "la fin justifie les moyens" et entreprend d'éliminer physiquement tous les candidats au poste qu'il convoite. Le roman a été porté à l'écran par Costa-Gavras. Les cinéastes se sont souvent inspirés de Donald Westlake : une quarantaine de ses romans ont été portés à l'écran, entre autres par John Boorman (Le Point de non-retour), Yves Robert (Le Jumeau) Peter Yates (Les Quatre Malfrats), Jean-Luc Godard (Made in USA), John Woo (Payback), Laurence Ferreira Barbosa (Ordo). Westlake lui-même a écrit de nombreux scénarios, dont celui des Arnaqueurs, adapté de Jim Thompson pour Stephen Frears.

Gérard Meudal (Le Monde du 6 janvier 2009)

15:36 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

Appel pour le livre !

Appel pour le livre !

 

 

FACE AUX MENACES CONTRE LE PRIX UNIQUE DU LIVRE,
 
LES PROFESSIONNELS ET LES LECTEURS SE MOBILISENT
 

POUR LE LIVRE

 

Préambule

Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».

Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel.

 

Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.

Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.

Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu, d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous les publics, voilà notre modèle.

Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.

De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite que l’inflation.

En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une variété et une densité de points de vente du livre particulièrement remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et pour notre culture.

La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.

 

 

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Pour prolonger la rencontre avec Yves Ravey

L'écrivain expulsé du paysage,

Article paru dans Le Monde du 04.04.08

Par Yves Ravey

Dernier livre paru : « Bambi Bar » aux éditions de Minuit.

Le souvenir est la seconde nature de l'écrivain. Sans celui-là, l'écrivain ne pèse plus rien. La pesée des âmes à l'entrée du royaume des morts est la grille du cimetière où patiente sa mémoire. L'écrivain n'est rien, le poids d'une cendre de cigarette.

Les souvenirs ont pris l'habitude, à force, et parce que souvenirs, de se montrer de dos. Uniquement. En noir et blanc, sur fond de neige. Paysage de Rien. Paysage de l'Histoire. Et plus loin l'attente, le quai de gare devant la porte des Enfers. Les bougies sur les tombes autour des églises et le recueillement. La force de l'habitude. Toujours revenir. Ne pas prendre congé. Dire et écrire, c'est répéter la scène de la prochaine descente.

Ce qui est dit est dit. Ce qui est fait est répété. C'est une revenance. La rime. D'une génération à l'autre, un genre se transmet. La lutte, ce serait parvenir à ceci : l'écrivain se retourne et sa mémoire envisage une direction hors le souvenir.

Nous avons cru. Mais la mémoire est illusion. Ce qui reste après le souvenir est devenu la réalité : des débris de parole, des tasses brisées sur l'évier, des gestes sur l'entassement des morts, les paroles de Claude Simon évoquant le soldat captif dans l'enceinte du Stalag IV-B à Muhlberg-oder-Elbe devant le feu. Dans la neige. Interdiction du paysage. Impossible de regarder le souvenir en face. On est un peu responsable de ce qui s'est produit il y a un plus d'un demi-siècle, quand on n'était pas né. Puisqu'on était à l'intérieur.

Nous n'avons pas quitté ce corps de l'histoire. Mais la mémoire ne reconnaît plus le souvenir. L'écrivain ne fait rien d'autre que ceci : marcher dans l'allée du cimetière, parmi les taches de neige. Il ne croit plus. Il ne peut supporter dorénavant son image. Interdit, il obéit à l'injonction de l'égarement genre objets trouvés ou salle des pas perdus.

Ainsi, la perte de la mémoire fonde l'illusion du souvenir. Mais l'écrivain n'est pas un être sans illusion. Il le sait : Etre sans illusion reste un confort existentiel. Socrate, par exemple, est sans illusion à la fin, mais c'est nulle part possible d'être dans la position de Socrate.

L'écrivain sait l'entrée dans la chambre aux murs confectionnés de plaques de liège qui atténuent les bruits du dehors. Nous ne savons rien de l'écrivain. Nous croyons connaître Claude Simon. Nous ignorons Marcel Proust. Socrate est coupable de mener des recherches inconvenantes sur ce qui se passe sous la terre et dans le ciel. Il est coupable de pervertir l'esprit des jeunes gens. Accusé de cela.

L'écrivain n'est accusé de rien. Sinon d'être le cimetière, d'être la grille et la fleur de la mémoire. Il est sans perspective. Sans ligne de fuite. Il regarde ses frères passer devant la chambre, passage sans cesse réitéré, comme la phrase réitère les mêmes mots.

Sa mémoire s'est arrêtée un jour. Durant l'exil à Babylone du peuple juif, elle ne s'est même pas arrêtée. Le Faust de Goethe ne l'a pas arrêtée. Devant Auschwitz, oui, l'histoire s'est arrêtée. Sans preuve. Les enfants n'ignorent pas cela. Le roman est l'illusion. Il est un trompe-l'oeil. La mouche sur le rebord du tableau de Petrus Christus, Portrait de moine Chartreux, Metropolitan Museum of Art - New York. Le roman est la vérité de l'illusion. Il est comme la mouche. Il atteste la beauté du monde dans son humilité. Nous n'abdiquerons jamais cette beauté. Les enfants non plus.

L'existence se déroule entre deux cimetières. Celui de l'enfance et celui de l'ensevelissement. Oppression du souvenir, des pages d'histoire dans les manuels scolaires. Restitution de l'horreur par parcelles. Ces pages n'accordent rien que la totalité. La totalité est l'histoire dans sa forme répétitive.

Mais impossible de traduire la mémoire par des mots cohérents. Ce qui nécessite l'invention de la langue et du roman.

S'il y a langue, il y a roman.

Le roman est inattendu comme la langue.

Le roman est un symptôme de la répétition, une réinvention permanente du souvenir, son actualité, ce geste transcrit sur les parois des monuments antiques. Il est l'archéologie, la trace, la photographie clandestine prise au camp d'Auschwitz par un membre du Sonderkommando, Femmes poussées vers la chambre à gaz du crématoire V, août 1944 - Oswiecim, Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Le roman est interdit. Le verbe est interdit. Il est la chair, ce gardien du camp. Au hasard des traces. Beaucoup mais pas trop. Cette impossibilité. Tant de religion, tant de noms gravés.

L'écrivain a peur en relisant ce qu'il vient d'écrire, il se souvient de ces photographies qu'il n'a pas prises, il se rappelle sa visite d'un endroit sans nom, sans mémoire, et revoit ses parents, pleure sa mère. Pardon.

Il a fallu l'accumulation du souvenir, rien que la répétition. Le cycle des saisons. La nature du roman : ne pas être compris à défaut de ne pas être lu. Etre entendu à défaut d'être envisagé.

Le roman naît chaque jour, le temps d'une étincelle. Le souvenir déclenche le roman. Dans le miroir du lecteur, son reflet éteint presque. C'est ce presque qui autorise l'écriture.

Et si Marcel Proust réinvente les noms de pays et de personnes, c'est pour observer mieux le reflet du souvenir dans cette miniature qu'est le roman, un cartouche de la mémoire déployé sous les fenêtres du lecteur. Celui-ci, entraîné par la multitude, déchiffre les noms au microscope et s'enfonce dans le souvenir du narrateur.

Face à cela, le lecteur, expulsé du paysage lui aussi, a signé, ouvrant le livre, un pacte avec l'auteur. Il lui reste à honorer ce contrat de ne pas se perdre, à produire l'effort nécessité par la mémoire vacillante des travaux et des jours, à la fondre dans son propre souvenir. L'écrivain, chaque jour, honore son contrat d'auteur d'un souffle plus ténu, qui, ajouté au souffle précédent, offre la possibilité du jour à travers les rideaux tirés.

16:08 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

Pour prolonger la rencontre avec Virginie Linhart

Virginie Linhart : Mon père ce mao

LE MONDE | 16.05.08 |

Mon père s'est tu ; ses mots à elle dévalent en un torrent. L'intensité et l'émotion qui les portent déforment le menton de Virginie Linhart en tremblements qui laissent redouter la naissance de larmes. Dans la profusion de livres consacrés à Mai 68, le sien, Le jour où mon père s'est tu (Seuil, 180 p., 16 euros), se distingue par son écriture personnelle. Le cadre renvoie à l'histoire de cette période, avec les témoignages d'enfants - comme elle - de dirigeants révolutionnaires. Mais, ce qui touche, c'est sa recherche des raisons qui expliquent le silence dans lequel son père s'est réfugié depuis 1981.

Elle est la fille de Robert Linhart, l'un des fondateurs du mouvement maoïste l'UJCML, en décembre 1966, quelques mois après sa naissance. Lui, normalien, philosophe proche d'Althusser, s'est imposé Rue d'Ulm et dans les cercles révolutionnaires comme un personnage aussi brillant que charismatique. "Il était fou, vraiment fou", écrira de lui dans Le Monde (27 avril 2007) Bernard-Henri Lévy. En septembre 1968, Robert Linhart entre comme ouvrier chez Citroën ; il publiera en 1978 un livre, L'Etabli (Minuit), qui relate son expérience. "Il s'est tu après un bref accident mélancolique en 1981", dit-elle. "Vous formulerez cela comme vous voulez", ajoute-t-elle, pour nommer ce qui a été une sévère tentative de suicide, dont son père n'aurait jamais dû réchapper. "Avec ce qu'il a pris, il ne devrait pas être en vie", avaient assuré les médecins à la famille. Après le divorce de ses parents en 1972, elle est restée chez sa mère avec son frère. Son père s'est installé tout près et, de sa fenêtre au 5e étage, elle pouvait voir chez lui. "Pendant des années, je me suis couchée en vérifiant si c'était allumé, éteint, si c'était normal." Née à une époque où les gamins jouaient aux barricades dans les salons des parents, elle aimait à penser qu'ils en avaient fait, de beaux voyages, dans le ventre ou sur les épaules de leurs mères dans les manifs. "C'était d'une certaine manière le plus beau des mondes." Elle demandait, comme les autres enfants, à ses parents radicaux : "Qu'est-ce que c'est la politique ?", sans obtenir de réponse. Elle se sentait seule. Virginie Linhart a grandi dans un monde où les petites filles rêvaient de poupées Barbie, mises à l'index par leurs féministes de mères. Elle n'avait, bien sûr, pas le droit de lire les aventures délicieusement niaises de Martine à la ferme ou à la plage ni tout autre récit ayant pour héroïnes des princesses radieuses ou imbéciles promises à des destins merveilleux. Dès son plus jeune âge, vers 7 ans selon sa mémoire, son père lui a infligé des séances de dictées tirées de Flaubert, Maupassant et autres ; des textes exclusivement puisés dans les volumes de "la Pléiade". C'était surtout pendant les vacances dans les Cévennes, en haut d'une montagne. C'était beau, sans eau chaude ni chauffage ni télévision. Et avant le traumatisme de 1981. Elle rêvait, petite fille, comme les autres enfants qu'elle a interrogés, d'une maman qui viendrait la chercher à la sortie de l'école et qui préparerait, pour elle et ses amis, un chocolat chaud avec des tartines. Elle ne souhaite pas parler de sa mère, non plus de son frère, dont elle a été si proche et qu'elle ne voit plus depuis dix ans. La jeune femme est partie à la recherche de ceux qui, comme elle, ont vécu l'absence de vie familiale, la peur de vivre seule la nuit sans adulte ou baby-sitter. Elle raconte tout cela dans son livre et dans un documentaire 68, mes parents et moi, qui sera diffusé le 28 mai sur la chaîne Planète. Elle s'endormait chaque soir, parfois transie de trouille, sous le sourire bonhomme du président Mao, le héros de son père. Témoin de tous les problèmes des adultes sans pouvoir apporter de solutions, elle se souvient de ne pas avoir eu une enfance insouciante. Dans son livre, elle soutient que son père, né en 1944 dans des conditions difficiles, a vécu sans pouvoir surmonter le drame de ses parents, des juifs polonais réfugiés dans un village sur les hauteurs de Nice. Elle le décrit comme un survivant, à l'image de ses grands-parents, dont la plupart des proches ont disparu, victimes de la Shoah. "Mon père a vécu dans ce drame de l'extermination des juifs et il n'a pas su le résoudre, malgré son engagement politique." "L'explication romanesque de Virginie est peut-être juste. Je ne sais pas", dit sa tante Danièle Linhart, sociologue et directrice de recherche au CNRS. Elle confirme que, en 1981, la vie de la jeune fille a basculé lorsqu'elle a pris la mesure du drame familial. "Si Virginie a une dimension tragique, elle a le talent de tirer son épingle du jeu parce qu'elle s'est inventé un devoir de bonheur", assure Danièle Linhart. Elle décrit une jeune fille d'une grande fragilité, mais dotée d'une volonté très forte, qui a toujours été entourée d'amis, très coquette, vite émancipée. "Virginie, c'était une starlette, une minette à la mode, toujours pimpante, très vive, très joyeuse", confirme Inga Sempé, son amie des années de lycée, à Victor-Duruy, dans le 7e arrondissement de Paris. Elles ne parlaient jamais de politique, et Virginie, pendant ces années-là, n'a jamais évoqué le drame avec son père. "On parlait des mecs, de la vie." Pour elles, au cours de ces années de lycée, "68, c'était comme le XVIIIe siècle". Virginie suit des études supérieures (Sciences Po Paris) parce que, dans sa famille, il n'existe pas d'autre voie que l'excellence scolaire. Elle est attirée par la politique, ce dont témoigne le sujet des documentaires qu'elle réalise, mais fuit les discours. "Plus les gens sont enflammés, plus je suis en retrait." Combien de fois a-t-elle entendu, au point de fuir ses interlocuteurs : "Mais toi, avec ton nom, quand même, tu dois bien avoir un avis, ce n'est pas possible..." Un ancien de sa promotion à Sciences Po la décrit comme ambivalente sur ce point, ne détestant pas jouer de la notoriété de son patronyme. Dans sa méfiance de la rhétorique politique, il y a la peur de dire n'importe quoi et de se perdre. C'est pour cela qu'elle réalise des documentaires. C'est en travaillant pour Patrick Rotman, alors auteur puis réalisateur des "Brûlures de l'Histoire", une émission d'archives historiques, qu'elle découvre le pouvoir des images. "J'ai été émerveillée ; le documentaire a été un moyen de sortir de mon impasse d'universitaire qui ne veut pas l'être." Elle raconte ce qu'elle voit, utilise des expressions claires et simples. "Cela me convient à merveille." Dans les rares moments où il se décide à parler, son père lui a dit avoir été bouleversé par son livre, qu'il a lu "comme une déclaration d'amour". Il ne lui a pas dit que son interprétation de son silence était vraie ou fausse. Seule certitude, le livre l'a aidée, elle, à ne plus attendre d'explication. Alain Abellard


Parcours 1966. Naissance à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

1981. Son père fait une tentative de suicide et choisit le silence.

1987. Intègre Sciences Po Paris, après une licence d'histoire.

1994. Publie Volontaires pour l'usine. Vies d'établis (1967-1977), au Seuil.

1998. Naissance de son premier enfant, Bulle, puis Blanche en 2002, et Elie en 2006.

2008. Parution du Jour où mon père s'est tu, au Seuil. Article paru dans l'édition du 17.05.08

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